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À propos du cycle

L’originalité de ce cycle est de développer deux thématiques : raison et folie et déraisons de la raison.

D’un côté, on interroge la décision spéculative et politique qui « lie et sépare à la fois raison et folie » dans les termes mêmes employés par Michel Foucault (1961). L’âge classique, le siècle de la raison commencent par constituer un autre de la raison : le fou, renvoyé « au jardin des espèces ». Il faudra donc revisiter cette archéologie des dualismes mutilants : raison et folie, normal et pathologique, âme et corps, etc. 

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Raison, folie, déraisons, Journée d'études, Rendez-vous d'Archimède

Journée d’études « Raison et folie »


Mardi 17 avril 2012 

Dans le cadre du cinquantième anniversaire de la parution de l’ouvrage de Michel Foucault, « Histoire de la folie à l’âge classique »

Entrée libre sur inscription

9h : La place de l’Histoire de la folie dans l’œuvre de Foucault 
Par Jean-François Rey, Professeur de philosophe honoraire.

Michel Foucault a d’abord porté son intérêt à la psychologie et ses travaux antérieurs à l’Histoire de la folie à l’âge classique (1961) sont consacrés aussi bien à la maladie mentale qu’à des traductions d’ouvrages à l’intersection de la psychiatrie et de la phénoménologie. L’Histoire de la Folie constitue à la fois une rupture avec ces problématiques et un lever de rideau sur l’histoire philosophique des sciences de l’homme continuée  par Les Mots et les Choses (1966). Folie et Déraison (titre de l’édition originale) entendait restituer le processus  qui mène d’une conception morale de la déraison à la constitution médicale de la « maladie mentale ».

Les développements postérieurs à 1961 sont déjà présents dans Histoire de la folie, apportant un éclairage nouveau sur la constitution de la psychiatrie et sur les normes qui  bornent l’expression de la folie. 

10h15 : L’Histoire de la folie dans la philosophie et l’histoire du XXème siècle
Par Jean-Claude Monod, Chercheur au CNRS (Archives Husserl), enseignant à l'École Normale Supérieure (Paris).

L’Histoire de la folie a fait l’objet d’une réception différenciée : ce sont surtout des écrivains et des philosophes qui ont salué l’importance de ce regard nouveau sur le partage entre raison et folie. Les milieux psychiatriques et médicaux sont d’abord restés silencieux ou hostiles à l’égard d’une lecture qui semblait attaquer à la racine la « médicalisation » de la folie ; mais l’ébranlement théorique de l’institution asilaire, telle qu’elle avait été construite au XIXème siècle, a eu des effets à retardement dans l’appropriation du livre par le mouvement de « l’anti-psychiatrie ». On tentera ici de faire la part des malentendus, des critiques fécondes et des ouvertures qui ont accompagné « l’histoire de l’Histoire de la folie ».

11h30 : Description raisonnée de la table de travail d’un historien à venir
Par Pierre-Henri Castel, Philosophe et historien des sciences, directeur de recherches au CNRS, psychanalyste. 

Cinquante ans après L’Histoire de la folie, l’actualité est peut-être le meilleur fil conducteur pour retisser un dialogue avec Foucault – avec  l’« inactualité » critique qu’elle appelle. En psychiatrie, deux faits s’imposent. D’abord, la domination des neurosciences. Ensuite, le fait qu’émergent, avec ces dernières, non seulement une science pour expliquer l’homme, mais un homme qui se reconnaît dans ces explications. La tâche n’est plus d’écrire une archéologie des sciences humaines. La crainte est d’en lire bientôt la nécrologie. Tout cela confirme-t-il les prédictions de Foucault ? J’expliquerai à quel point ce n’est pas le cas.

 

Après-midi  

Tables rondes animées par Jacques Lemière, Maître de conférences – agrégé de sciences sociales, Institut de sociologie et d’anthropologie, Lille 1

Le grand renfermement est-il pour demain ?

14h15 : Les fous dans la cité : de l'abandon à la fin de l'asile (1940-2012)
Avec Isabelle von Bueltzingsloewen, Professeur à l’Université de Lyon (Lumière-Lyon 2), Histoire et sociologie de la santé, Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (LARHRA) et Patrick Coupechoux, Journaliste.

Extermination, abandon à la mort ou drame de l'exclusion ? La famine dans les hôpitaux psychiatriques français sous l'Occupation (1940-1945) 

Entre 1940 et 1945, 45 000 « aliénés » sont morts de faim et de pathologies afférentes à la dénutrition dans les hôpitaux psychiatriques de la France occupée. Comment une telle tragédie a-t-elle pu se produire ? Le régime de Vichy a-t-il été, d'une manière ou d'une autre, impliqué dans ce drame dans lequel certains ont vu l'influence des thèses eugénistes d'Alexis Carrel ? Et comment ont réagi ceux qui étaient en charge des malades à savoir les psychiatres ? C'est à ces questions, longtemps polémiques, que je tenterai de répondre.

Isabelle von Bueltzingsloewen

L’enfermement constitue toujours la réponse favorite de notre société à la question de la folie. Enfermement en prison où le nombre de fous est considérable. La prison qui devient une sorte « d’hôpital général » dans lequel on enferme fous, délinquants, pauvres mêlés. L’enfermement par le regard porté sur la folie non seulement par la société, mais dans le discours officiel et par les plus hautes autorités de l’ État, en particulier depuis le discours d’Antony, en décembre 2008, dans lequel le Président de la République a fait de l’assimilation de la criminalisation de la folie le fondement de sa politique. Enfermement enfin avec la loi de juillet 2010 et son obligation de soin en ambulatoire qui vise à la mise en place d’un système de contrôle : l’asile sans les murs en quelque sorte.      

Patrick Coupechoux 

16h : Après l’asile, quelle psychiatrie ?
Avec Jean-Luc Roelandt, Psychiatre, directeur du Centre Collaborateur de l’Organisation Mondiale de la Santé et Dorothée Bourgault-Coudevylle, Maître de conférences à la Faculté de droit de Douai.

Enfermements : l’Histoire de la psychiatrie liée à l’Histoire de la folie ne s’est jamais démise de sa parenté avec le crime et ses corollaires : l’enfermement et la punition d’une part, et d’autre part de l’assistance des plus démunis et du soin à autrui.
Le grand renfermement concernait au départ tous les déviants « fous », « libertins », « prostituées », « alcooliques », « délirant », « indigents », « agressifs », « clochards », « itinérants », lettre de cachet. 
La Révolution Française fait éclater ce premier asile en de multiples lieux dans le domicile, la rue et l’institution sociale et médicale.
Le soin aux aliénés est encore entaché du geste pinélien qui délivre les folles de leurs chaînes pour mieux les enfermer dans les asiles sous prétexte de soins pour cette population.
Depuis 1945, les camps de concentration d’idéologie nazie ont montré les limites évidentes de l’enfermement où qu’il soit. La politique de secteur qui en est née en France n’a pas donné les résultats escomptés à cause de la confusion entre soins et enfermement, délinquance et maladie, hôpital et prison, soins et hôpital.
Pourtant la solution est simple et a donné des résultats positifs dans tous les pays qui l’ont mise en œuvre en Europe et ailleurs.

Jean-Luc Roelandt

Le droit confronté au trouble mental de l’auteur de l’infraction 
Ou
Comment concilier droits et libertés fondamentaux et sécurité publique

Le droit pénal depuis 1810 est fondé sur le postulat que la responsabilité pénale ne s’adresse qu’à des êtres libres, doués de raison, seuls à même de vouloir et de comprendre l’acte infractionnel et de pouvoir en répondre. C’est pourquoi, le « fou » échappe traditionnellement à toute responsabilité pénale et à toute peine. Quant au « demi-fou », une responsabilité atténuée lui était généralement reconnue aboutissant au prononcé de peines modérées. Cette approche classique fondée sur le libre-arbitre, sans être fondamentalement remise en cause, se double de nos jours d’une approche fondée sur la dangerosité. Au nom de celle-ci et de la menace, vraie ou supposée de récidive, il n’est pas rare qu’une aggravation de peine soit envisagée. Même quand la personne est déclarée pénalement irresponsable ; des mesures contraignantes, dont l’enfermement, peuvent être décidées afin de la neutraliser. Si la dangerosité ne doit pas être sous estimée, elle ne doit pas conduire à une atteinte démesurée et généralisée aux droits et libertés fondamentaux de la personne.

Dorothée Bourgault-Coudevylle 




En partenariat avec le pôle de psychiatrie 59G21 (Faches-Thumesnil - Hellemmes - Lesquin - Lezennes - Mons - Ronchin) de l’Établissement Public de Santé Mentale (EPSM) Lille-Métropole.

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